Nuit (III)

Je me sens tellement mal de ne pas faire partie du même monde que toi, mon amie. Moi, je ne suis ni somptueuse ni charmante, on ne me remarque pas et parfois j’agace. Toi, tu es une nuée, un feu follet, une myriade. Moi je ne sais rien, et toi tu sais tout. Mais toi je ne te connais plus, et moi je me connais trop. Là est peut-être la nuance.

J’iiiiraiiiis pas tralala !! (Ou le déni de la fille qui doit passer sa première épreuve de bac dans 17 heures…)

Ne vous déplaise, ce soir le ciel est un aplat.

Tu vois, c’est ça qui me révolte en eux : le fait qu’on soit trois paumés à se démener pour eux et qu’ils n’en tiennent nullement compte. Après, c’est bien beau de recevoir des fleurs, des jolis mots. Ça ne fait pas le poids. Je sais bien que tout investissement nécessite un intérêt. Mais parfois l’intérêt personnel évolue dans un groupe, et le groupe détermine ce qu’il adviendra de tes souhaits. A toi alors de choisir ou non la voie de la ténacité.

Solange, je t’aime. Solange, je sais que tu n’es pas qu’une fiction. Rien n’est exclusivement fictif. Exclusivement fictif. Lis, prononce, détache. Rien. J’imagine ta voix, ton « rien ». J’imagine comment tu modules.

On m’a dit que j’avais une présence à travailler. Je ne sais pas comment ça se travaille, une présence. Je ne sais pas comment on fait. Comment on fait, tu le sais toi ? J’ai eu l’impulsion je me suis lancée j’ai explosé j’ai jubilé je ne réfléchissais plus j’agissais instantanément comme une flammèche comme une boule de feu ça a traversé mon corps et maintenant je suis là et je ne sais pas si je suis folle. Et il faut que je travaille ma présence. Mais je ne sais pas qui c’est ma présence. Qui doit être présente ? Où ? Je ne sais pas où elle est ma présence maintenant. J’ai appris à la cacher cette boule d’orage qui détruit tout au moindre appel d’air. Je ne comprends pas pourquoi il faut que je travaille dessus. Elle est dangereuse ma présence. Elle est trop sauvage, trop primitive. Il faut que je la contrôle ? Que je l’utilise ? Mais comment ? Qui voudra de ça ? Face à qui se dénuder ?

J’ai touché le sable, me suis délectée de sa substance, l’ai goûté. C’était instinctif, jouissif, éternel. Mais lorsque j’ai regardé aux alentours, j’ai constaté avec dépit que j’avais rompu un équilibre ténu. J’ai massacré la beauté, l’essence.

Je suis un perroquet autiste.

Aimante et aimée unité.

Je veux m’ancrer à présent dans la réalité. Profondément. Consommer sa substance, m’y abreuver. Avec résolution. Avec ferveur. Pour ne plus me perdre, m’accrocher à chaque caillou, chaque brèche, chaque défaut, chaque laideur palpable en laquelle je me reconnais. Fin des élucubrations fantaisistes, des flous « artistiques ». Retour à la glaise à laquelle on s’agrippe, au toucher.

Tu te demandes pourquoi je suis si peu compréhensible, pourquoi je ne me rends pas plus accessible. Pourquoi je ne fais pas le tri. C’est que je souhaite fuser, jaillir, en toute véracité. Je te laisse toutes les cartes et libre à toi d’interpréter.

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