Pourquoi et comment j’ai cessé de me maquiller

Depuis 6 mois à présent, je ne me maquille plus. Je me sens bien mieux dans ma peau, plus en phase avec mes idéaux, et je gagne pas mal de temps. Comme je pense que c’est un acte assez peu abordé, un peu sensible, parfois difficile à poser et surtout plutôt marquant dans mon évolution si l’on s’en réfère à mes premiers articles, j’ai décidé de vous parler de tout ça !

Pourquoi et comment j’ai cessé de me maquiller - Colombines

(pour bien jouer le jeu j’ai pas dormi pendant une semaine avant la prise de vue, youhou ^^)

J’ai commencé à me maquiller à l’âge de 13 ans, et ça a toujours été très léger : anti-cernes, poudre, mascara, correcteur si besoin. C’était une manière de me sentir plus jolie, plus féminine, plus adaptée à cette société. J’étais une fille comme toutes les autres, qui se maquille et ne se démarque pas du groupe de ce point de vue là. Et j’en avais vraiment besoin.

Suivant les époques, je me suis plus ou moins maquillée, mais toujours en en faisant peu. Mais même si je me faisais plaisir, le maquillage me gênait par certains côtés, entraînait des complications. Par exemple, le fait de moins dormir le matin pour avoir le temps de me préparer, ou d’avoir la peau irritée après le démaquillage quel que soit le moyen utilisé. Les petits fils de mascara dans les yeux, les marques de correcteur à cause de ma peau déshydratée, le mascara qui coule, la poudre jamais dans la bonne teinte, les compos écœurantes, les petits fils de mes pulls qui s’accrochent dans mes cils, … Certains me diront qu’il existe des solutions à tout ça, mais je n’en ai pas forcément trouvé, et Dieu sait si j’ai essayé. Pourtant, malgré toutes ces choses qui me contrariaient, j’ai continué à me maquiller parce que j’en avais besoin, je me sentais plus jolie, plus « potable ».

Pourquoi et comment j'ai cessé de me maquiller - Colombines

Au lycée, j’ai pris l’habitude de regarder à quoi je ressemblais deux à trois fois par jour, et de « sauver les meubles » autant que possible lorsque mon apparence ne me convenait pas. Ce qui était quasi systématique. En fait, plus j’apprenais à me maquiller et plus je voyais ce qui n’allait pas chez moi. Je me trouvais toujours aussi insipide, me considérant très rarement et épisodiquement comme jolie.

Cette année, qui a été pour moi celle d’un renouveau intellectuel et politique, j’ai davantage pensé ma condition de jeune femme, réfléchi à ce qui me gênait par rapport à ça, à ce qui montrait que je n’étais pas un jeune homme mais bien une personne de genre et de sexe féminin. J’ai eu de très nombreuses discussions sur ce thème avec mes amis Clément et Rudy, qui m’ont invitée à ne plus porter de maquillage, juste pour voir ce que ça ferait. J’étais convaincue de ne pas pouvoir sortir dans la rue sans maquillage tant j’étais peu séduisante. Je craignais presque plus les réactions des filles à celles des garçons. Je percevais l’implication massive des femmes dans cette activité contraignante qu’est le soin de soi et de son apparence, de son sex-appeal si on va plus loin. Mes amis m’ont encouragée, et j’ai finalement franchi le cap.

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J’ai commencé par me montrer sans maquillage devant des amis proches et dans la même mouvance idéologique que moi, puis devant des inconnus, puis des amis de mes parents, et puis carrément au lycée. Je me sentais absolument exposée, comme nue. Je me situais entre l’apparition désincarnée, la vieille femme au visage pâle et la jeune mariée qui apparaît à son époux pour la première fois sans voile. Tout ce que j’ai investi dans le fait de maquiller mon visage me saute aujourd’hui aux yeux et m’effraie. Le fait d’arriver au lycée comme ça, de passer la journée, puis d’installer cette nouvelle apparence dans le temps m’a fait me sentir forte et immensément vulnérable à la fois. Différente donc courageuse de porter cette différence, et immédiatement attaquable parce que différente et donc isolée. Je ne sais pas, ce sont peut-être des illusions, mais ce sont mes ressentis d’alors. Même parmi mes amis, les réactions ont été multiples, allant de l’incrédulité presque dissuasive au soutien, en passant par l’indifférence discrète. Faire l’expérience de tout cela a été porteur pour moi.

Depuis le 5 avril, je n’ai pas remis de mascara, de crayon, d’ombre à paupières ou autre. Les jours de grande fatigue, j’ai camouflé temporairement mes cernes avec une BB cream que je savais s’estomper rapidement. En fait, je pense que cette protection minime me donne suffisamment confiance en mon apparence pour quitter mon lieu de vie et m’exposer à l’extérieur, et ensuite advienne que pourra.

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Si je devais faire le bilan de ce que le fait de ne plus me maquiller m’apporte ce serait :

  • du temps gagné
  • un confort supplémentaire
  • une façon différente de penser ma féminité, moins dans la séduction. Voire une façon différente de penser la séduction.
  • des économies, je n’achète ni démaquillant ni aucun produit de maquillage
  • une confiance nouvelle en mon apparence : je me trouve beaucoup plus jolie qu’avant, et ai moins tendance à m’acharner sur tel ou tel petit défaut que personne ne remarque. Le fait d’avoir cessé brutalement de me maquiller, sur le mode du défi, a rendu impossible à mes yeux tout retour en arrière et m’a obligée à m’accepter telle quelle : il n’y a pas eu de transition sur le mode « j’ai droit à ça, je tiens avec ça, mon addiction au maquillage est soulagée ».

Surtout, je suis fière de ce que j’ai fait du point de vue idéologique, de ce petit pas pourtant énorme à mon échelle mais qui contribue à donner une autre image de la femme. Je suis heureuse d’apporter ma nuance de féminité, de montrer qu’on peut être une femme de mille manières, et qu’on a le choix. Je n’ai jamais reçu aucune critique mais uniquement des compliments sur cet acte, et sincèrement, je n’y croyais pas. Constater ça m’a fait un bien immense.

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Tout ceci pour vous dire qu’arrêter de porter du maquillage est possible. Si vous êtes dans la même situation que moi il y a sept mois, que vous aimeriez arrêter mais n’osez pas, foncez. D’abord parce qu’il est toujours préférable de faire ce que l’on souhaite de son corps, encore plus pour un acte aussi bénin que le maquillage. Ensuite parce que, justement, j’ai personnellement beaucoup grandi avec cette expérience (enfin, c’est un ensemble de choses), et que j’ai autant appris sur moi-même que sur les autres. Ceci dit, il faut garder à l’esprit que les choses changent selon le milieu dans lequel on évolue. Ma décision aurait peut-être été très mal accueillie si j’avais été cadre dans une super boîte parisienne, et cette situation aurait pu être difficile à vivre pour moi.

Et si vous vous sentez bien maquillées, j’en suis vraiment heureuse pour vous. Il m’importe de montrer que nous sommes toutes femmes à notre manière, et que nous n’avons pas à nous conformer à un modèle, toutes maquillées ou toutes non-maquillées. Ce ne serait pas un progrès.

J’adorerais qu’on discute de tout ça en commentaires, ce serait génial de connaître vos ressentis sur la question !

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P.S. : Devinez qui est la photographe ? Eh oui, en plein dans le mile, c’est Lucie ! Donc vous savez à qui revient la propriété intellectuelle de ces images.

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