Nuit (V)

A terme, n’y aura-t-il plus que des nuits ?

Tu t’immisces, te loves en moi. Tu ne sais faire que ça, la moindre de mes fragilités est incessamment exploitée. Tu es brouillard, léthé, vapeur doucereuse et brûlante. Nostalgie.

Il y a le problème de la création, de la recréation, du renouvellement. On cherche à éviter la routine dans la création, parce qu’elle est lassante, que l’acte d’écrire perd de son potentiel de jouissance ; et parce que le lecteur se désintéresse de l’écrit. Je suis en quête de nouveauté, de savoir ce qui te plait dans mes nuits, de trouver comment reformuler des choses déjà explorées, de changer d’angle pour entrevoir de nouveaux contours, de nouveaux sous-tons, une perception différente et étrange, intrigante, des volumes. Écris-moi ce que tu aimes dans mes nuits, fais-le la nuit si tu le souhaites, mais écris toi aussi. Fuyons la solitude dans laquelle nous nous sommes emmurés.

Je t’ai oubliée, nuit matinale. C’est que pour moi tu es une anomalie. Se réveiller, se lever avant le jour me semble d’une extrême violence, comme si on inversait en une minute le rythme des marées. Je me sens mal quand c’est le matin et qu’il fait nuit. Pourtant, tu m’offres des trésors, des délices inappréciés : voir le soleil teinter de rose les nuages en déjeunant, et les grosses masses grises s’éloigner ; entendre le premier pépiement d’oiseau, et voir la lumière s’allumer aux fenêtres d’en face ; sentir sur sa peau l’air frais de la nuit, celui qui a vécu sans nous.

Apprends à dormir, petit moi, ça te fera du bien. Arrête de te croire surhumaine, et dors. Va te blottir dans ton lit comme dans le ventre de ta maman. La vie pourrait bien être faite de bulles.

« Je comprends que l’amour n’est pas une surface propre et lisse. Il faut en atténuer l’éclat. Si je dors dans tes bras c’est que j’ai besoin de bras », dit-elle.

J’en ai marre de pleurer dans cet appart’ vide ; vivement que je sois joyeuse, confiante et forte de nouveau.

« Ton matin est fruits pour les chansons,
Ce soir est d’or
Et nous sommes l’un à l’autre, à l’heure où l’ombre pénètre son ombre dans le marbre
Et je me ressemble lorsque je suspends mon être à un cou qui n’étreint que les nuages.
Tu es l’éther qui se dénude devant moi, larmes de raisin.
Tu es le commencement de la famille des vagues lorsqu’elles s’agrippent à la terre ferme, lorsqu’elles migrent,
Et je t’aime et tu es le prélude de mon âme et l’épilogue.
S’envolent les colombes
Se posent les colombes. »
Poème de Mahmoud Darwish, « S’envolent les colombes »

Je sais que je m’engage sur un long chemin difficile, amour, et plusieurs fois je me perdrai. Peut-être oublierai-je qui tu es et pourquoi je cours immobile, attendant et m’affolant. Quelle importance ? Tu es mon idéal. Aujourd’hui. Maintenant. Cœur et vie s’agitent et forcent mon élan. J’ai peur de ce « déjà-vu » qui papillonne, mais j’ai tant besoin de t’aimer.

Les grands plongeoirs existent-ils ou non ?

Imaginez un homme poursuivant chaque jour un bonheur qu’il est persuadé d’avoir connu. Il dit « comme avant », se le répète. Son histoire fait un livre. Et cet homme n’a jamais connu le bonheur qu’il poursuit inlassablement. Il ruine obstinément son présent à la recherche d’un futur heureux, formulant la folle hypothèse de celui qui ne se connaît que trop mal.

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