Nuit (VII)

J’aimerais bien que tu sois là pour que nous affrontions cela tous les deux, mais je sais qu’au fond j’aimerais seulement, moi, être consolée et épaulée par toi. Je te pense solide et entouré.

La nuit je rêve que j’ai les cheveux rouges et qu’ils tombent par liasses sans que cela ne change quoi que ce soit à leur nombre, la nuit je rêve de dauphins pareils à des grenades et de réacteurs nucléaires au bord d’un archipel, tandis que dans un bus qui vole je converse en anglais avec une petite fille métisse. « I live in French. I am France. »

Dans cette nuit brumeuse et inexpliquée nous sommes des émanations.

Quand on dit « entre guillemets » à l’oral, faut-il écrire « entre guillemets » à l’écrit, ou l’écrire directement entre guillemets ? C’est vrai, c’est une question ça ! (Si tu t’embrouilles c’est que j’ai gagné.)

« Mais à qui tu parles, Juliette ? » Ah oui, c’est vrai. Pourquoi tant d’adresses, diverses et variées ? En ce qui te concerne je te laisse chercher, mais ta question m’interroge. Moi qui sais à qui je m’adresse et quand, et même pourquoi ; pourquoi ai-je besoin de parler à quelqu’un ?

Des notes de piano comme de l’eau, comme un ruisseau, une cascade sur les galets implosant, une feuille au vent et un oiseau qui vire, le silence de la nature enneigée, et la sève tout au creux de tout qui sommeille pour mieux rejaillir fin février, le soleil sur les vagues à toute volée, le rire d’une fille et deux danseurs qui se rejoignent, des amoureux qui se cherchent et ne savent pas encore s’ils vont se trouver, la course, et le cycle, la régression, et l’hommage. Lilac.

Et la Lune est douce, grave et heureuse, elle est muettement pétillante. Je le sais, puisque la Lune c’est ton regard. Et quand ta tête chute elle me dit les secrets de l’Univers, et dans ta stature il y a quelque chose de l’ange Annonciateur. Il en faudra des lunes, des marées et des rivières, pour qu’un jour peut-être nous nous connaissions.

Cinq lettres comme les jours.

Et quand vient la chute, nous ne sommes pas prêts.

Détenir les preuves de l’existence de l’inconscient, et percevoir les traces de ses tourments inconscients par le biais de l’écriture est intimement réjouissant. Mais il faut être attentif. Et désarmé, peut-être.

Ça fait beaucoup de bruit quand tu t’écoutes parler.

Ne réfléchis pas. Continue d’avancer. Tiens bon. Plus que quelques jours.

Et lorsque mes sentiments sont trop forts, que je m’épanche, m’essouffle, et ne parviens pas à pleurer, je me noie dans le flux de la toile et me vide de mes sentiments et pensées. Après, je regarde l’assiette sur la table, et la casserole qui chauffait, et je me demande si j’aurai le courage de revenir à la réalité, saisir mes couverts et presque me regarder manger.

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