Nuit (VIII)

J’aurais voulu te dire de regarder la Lune,
mon amour,
parce que je trouve qu’elle te ressemble, encore.
J’aurais voulu te dire de regarder la Lune,
le mince croissant qui luisait alors que la nuit s’éteignait,
mais je n’ai pas pu,
mon amour.
J’aurais voulu te dire de regarder la Lune,
mais tu dormais encore,
mon amour,
et tu étais loin.
J’aurais voulu
te dire
de regarder la Lune,
mon amour,
mais il y a eu la voiture.
J’aurais voulu te dire de regarder la Lune,
mon amour,
mon amour qui est solaire,
je ne suis plus sur la planète Terre,
pas tout à fait
pas tout à fait.

Maintenir un calme apparent à ses propres yeux, quand la pensée s’emballe, qu’elle a déjà enfourché la selle et s’élance dans la montée… et d’un souffle, stop. Replonger tout ceci bien loin, sous la surface, dans les liquides profondeurs. Flotter tout au dessus, voleter tel un oiseau marin, avancer. Parce qu’il le faut bien, qu’il n’y a de place ni pour la réflexion et l’interrogation ni pour la panique. Parce que le moment fait que tu ne vis plus vraiment, que tu agis, que tu n’es plus vraiment toi, plus vraiment trouble, hésitante, se questionnant. Parce que l’instant est si urgent que tu oublies toutes tes autres douleurs. Et pourquoi ?

Avoir plusieurs très bons amis, et rencontrer des gens aimants et bons qui me témoignent de l’affection fait que quand je me regarde dans le miroir, je me souris, que quand je doute de ma capacité à réaliser un petit travail, je suis vite rassurée, que quand je…

Je me dis que je vais t’écrire des lettres, tout ce que je ressens, pour toi, et tout ce que j’ai envie de te dire, des autres, de moi. Toutefois je me demande quel sens elles auront si tu ne les lis jamais, ou si tu les lis sans leur prêter d’importance. J’aurais envie de te dire « tel jour à telle heure c’était ça que je vivais et qui était en moi, qui était venu à moi, par moi ou de moi », et quelque part j’espère que ces écrits me donneraient du poids, mais je ne suis pas certaine que les choses fonctionnent ainsi. Quelle force a un sentiment inspiré par une attente immense ? C’est un sentiment tronqué, c’est un dû, c’est comme une obligation sentimentale qui se donnerait des allures de réalité. Il est d’usage de dire que le vrai amour est celui qui donne sans rien attendre en retour. D’une part j’en suis incapable, et de l’autre je me demande : ne serait-ce pas aussi parce que l’attente n’attire pas l’amour profond ?

La scansion.

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