Introduction subjective au féminisme [PAR RUDY]

Comme vous l’avez probablement compris à la lecture des articles sur l’arrêt du maquillage et sur les blogs dits féminins, mon ami Rudy et moi réfléchissons beaucoup aux dominations de genre, que nous jugeons omniprésentes dans notre société. Il avait depuis quelque temps envie d’écrire un article sur le féminisme, c’est donc lui qui vous écrit aujourd’hui.

Le féminisme qu’est-ce que c’est ? Tout le monde connaît ce mot mais chacun a une vision différente du mouvement. Quand on en entend parler, la plupart du temps les idées qui reviennent sont que les féministes veulent que les femmes aient plus de droits que les hommes, qu’elles sont des militantes extrémistes qui agissent violemment, ou encore on retrouve souvent les notions de droit de vote des femmes, de lutte contre le harcèlement, etc… En gros, tout un tas de concepts qu’on regroupe sous le terme vague de « féminisme » en s’imaginant que c’est un mouvement lisse et uniforme dont tous les partisans partagent les mêmes idées. Mais il existe autant de féminismes qu’il y a de féministes, et le nombre de sous-mouvements est incalculable. Et pour donner un exemple parmi tant d’autres on peut trouver sur le blog de Christine Delphy, sociologue reconnue, un article de Soraya El-Kahlaoui, qui est féministe et qui critique la position des Femens (https://delphysyllepse.wordpress.com/2015/06/22/rhabillons-les-femen/).

Alors comment ne pas être perdu parmi cette abondance d’idées et de mouvements regroupés sous le même mot ? Attention c’est là que ma subjectivité va entrer en jeu. Selon moi il faut avant toute chose se concentrer sur les idées, indépendamment des mouvements et des personnes auxquelles elles « appartiennent ».

Une chose qui me semble alors importante est de pousser sa réflexion le plus loin possible, et se demander quels sont les fondements des problèmes. Quand on essaye de pointer du doigt ce qui empêche l’égalité des sexes, on entend souvent parler du harcèlement, des salaires qui ne sont pas égaux, ou encore de l’image de la femme idéale qui en fait souffrir beaucoup. Mais maintenant ces problèmes sont admis et c’est une évidence pour beaucoup qu’il faut lutter contre. Alors face à ça on fait quoi ? On s’arrête à ce simple constat ou on essaye d’aller plus loin ? Je ne dis pas que ces problèmes ne sont pas importants, je pense qu’ils le sont et qu’on doit les résoudre au plus vite, mais pour ça il faut réfléchir plus en profondeur pour trouver leurs fondements. Si par exemple on créait un système où l’égalité formelle (égalité des salaires et tout ce genre de trucs) serait instaurée et où on aurait réussi à éradiquer tout problème de harcèlement ou de viol, on aurait résolu quelques problèmes en surface mais d’autres plus profondément ancrés resteraient là, comme par exemple la répartition inégalitaire des tâches domestiques. Ces problèmes de fond perdurant, on peut même se demander si ce système pourrait exister. Et je crois que c’est ça qui est important.

On doit alors réfléchir à leurs racines, et pour ça il y a plein d’outils à notre disposition : lire des livres seul ou à plusieurs, lire des articles et regarder des conférences sur Internet, en parler, y réfléchir de son côté… Un autre outil utile est d’observer ce qu’il se passe autour de nous le plus objectivement possible. Par exemple l’an dernier avec Juliette on a essayé d’observer comment se répartissait la parole en cours de philo, et on s’est rendu compte que les garçons, qui étaient largement minoritaires en nombre, participaient beaucoup plus que les filles. À partir de là plein de pistes de réflexions apparaissent : est-ce dû à un problème d’égalité des sexes en général ou est-ce seulement dû au fait que les garçons de notre classe exprimaient plus facilement ce qu’ils avaient à dire ? Le fait qu’ils participent plus est-il dû au fait qu’ils soient des garçons ou à tout un tas d’autres facteurs ?

Une fois qu’on a acquis une certaine réflexion, comment agir ? J’ai l’impression que beaucoup de personnes se placent de façon binaire par rapport à l’action, c’est-à-dire soit ils veulent changer totalement le système, soit ils ne font rien. Et comme un changement global du système ne va pas arriver seul, ils ne font rien la plupart du temps. Je pense qu’on peut chacun agir à son échelle. Par exemple les femmes pourront réfléchir à ce qui les oppresse au quotidien et essayer d’y changer quelque chose (comme le fait que Juliette ait arrêté de se maquiller, ce qui, elle, lui posait un problème) ou à leur rapport avec les hommes, en leur faisant savoir quand ils adaptent une position qu’elles trouvent oppressante. Les hommes quant à eux peuvent se demander en quoi ils perpétuent des oppressions et comment ils pourraient ne plus le faire. La domination des hommes sur les femmes intervient à des niveaux excessivement discrets et banals, ne serait-ce que dans la façon de se positionner face aux autres.

Voilà quelques pistes pour aborder le féminisme en dépassant toute idée reçue. Elles sont subjectives et je ne prétends pas énoncer des vérités générales, je pense juste qu’elles peuvent être utiles. Je n’ai pas vraiment parlé des idées, parce qu’il y en a trop et que ce serait impossible de faire un résumé, mais juste d’une façon de les aborder.

Nous aimerions tous deux vous voir réagir à cet article, et pouvoir échanger avec vous. Je transmettrai tous vos commentaires à Rudy, qui vous répondra. Ce serait intéressant de comparer nos perceptions du féminisme, nos opinions, nos réflexions plus ou moins poussées, … Ne vous censurez pas s’il-vous-plaît, parlez sincèrement. À bon entendeur !

Pour aller plus loin :

Livres :

  • Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir
  • Rupture anarchiste, trahison pro-féministe, Léo Thiers-Vidal
  • L’ennemi principal, Christine Delphy

Film :  Je ne suis pas féministe, mais…, Florence et Sylvie Tissot

Blog : Le blog de Christine Delphy, https://delphysyllepse.wordpress.com/

Source de l’image : courrierdesbalkans.fr

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