Bloquons tout !?

Hello tutti ! En ce moment, je suis à fond dans le militantisme, en particulier je milite contre la charmante loi travail que nous a pondue ce gouvernement ô combien socialiste et absolument pas vendu. Dans ce contexte, on est parfois amenés à bloquer des espaces publics, comme l’université (enfin, public, ça se discute, vu que l’université en question est l’UT2J, mais passons). Et je sais que c’est une action assez controversée, que j’ai parfois eu du mal à comprendre. Du coup, j’ai envie de vous expliquer pourquoi je participe à des blocus, en quoi c’est utile, etc, même si je ne suis pas une théoricienne ni quoi que ce soit. Je pense que ça pourrait aider quelques lecteurs à exercer leur esprit critique et, peut-être, à rejoindre le mouvement.

Eh bien déjà, l’intérêt de bloquer une institution, et donc ici une université, c’est en premier lieu de permettre aux gens d’aller manifester. Parce que si personne ne peut aller en cours, les cours sont supprimés, et donc les listes d’appel aussi, ce qui signifie que personne ne sera sanctionné pour n’être pas allé en cours, pas même les boursiers. Et ça, ça enlève une sacrée pression pour pas mal de personnes, pas de sanction, rien à rattraper, de quoi pouvoir s’autoriser à manifester si ce n’était pas le cas auparavant.

Ensuite, le fait d’empêcher plusieurs milliers de personnes d’aller en cours pendant une ou plusieurs journées permet de donner une visibilité à notre mécontentement. Si on reste à faire des réunions de 500 personnes, quelque part, on oublie beaucoup de personnes, ou plutôt on les laisse dans l’ignorance de notre mouvement. Au contraire, bloquer des entrées de bâtiments ou carrément les portails de la fac rend notre mobilisation manifeste, et contraint ceux qui y sont confrontés à se positionner, à coups de simples commentaires désapprobateurs souvent, mais la brèche est ouverte, et tout le monde peut alors réfléchir au problème.

A ce moment-là, on peut créer des espaces de discussion, une porte de communication, sous forme d’ateliers, de tracts, de discussions surgissant naturellement (ou de mots plus musclés et pas forcément fructueux, malheureusement), … L’institution étant bloquée, après la manif’ ou s’il n’y a pas de manif’, on peut créer des espaces d’échange, d’information etc. Alors oui, souvent il n’y a pas de réel échange, les gens repartent en grommelant, vont chercher une autre issue pour aller en cours malgré tout, poireautent quelques minutes avant de repartir sans qu’on soit assez pour pouvoir échanger avec eux, ou jettent les tracts distribués. Mais parfois ça fonctionne, parfois l’AG prend de l’ampleur, les ateliers se diversifient et grossissent, puis la manif’ aussi. Peut-être pas au premier blocus, mais au troisième ou quatrième, et c’est aussi pour ça qu’on continue. Le fait de créer une exception à la règle ouvre selon moi beaucoup de possibles, on s’autorise des écarts, on découvre des choses inconnues ou repoussées, et c’est ce qui me marque le plus dans ces journées, sortir un peu du quotidien pour rencontrer des gens, réfléchir, se libérer, agir.

Et puis enfin, bloquer c’est réinvestir l’espace public, cet espace policé auquel on ne fait pas attention, dans lequel on se fond sans même y penser, sans même le penser. L’espace des flics, des médias, de la pub, du « je te croise et ne te parle pas », « je t’ignore », « je te nie ». L’espace public régi par tant de normes, de choses qui se disent et se font ou pas, où la marge est, justement, la marge. Et parfois le petit bruit de fond a envie de faire courir des rumeurs, alors on se place à l’entrée des bâtiments, en plein milieu de la place, à la sortie du métro, puis on tend des papiers ou on crie des slogans, ou encore on ne fait rien, tous serrés, et on vous regarde nous regarder. Parce que oui vous êtes le pouvoir, nous sommes le pouvoir, nous avons tous voix au chapitre. Nous sommes les citoyens, nous tous plus que les quelques très riches qui tirent les ficelles de nos vies. Quand on est tous ensemble, qu’on dialogue, qu’on se joint, gens de tous horizons, on prend conscience de notre force, de notre légitimité. Et nous valons mieux que leur argent, que leur profit, parce que nous sommes la masse, nous sommes le pouvoir, nous sommes la jouissance, la souffrance et l’humanité.

Alors oui, cet article est marqué par ma propension au manichéisme, au romanesque, à la tragédie ; il est surtout marqué par ma subjectivité. Mais je ne peux parler qu’en mon nom, que dire la façon dont je perçois cette action, et peut-être que d’autres s’y retrouveront. Partant de là : bonnes luttes, bonnes critiques !

Juliette

Image de une : Clément Gruin, Aparté

Publicités